Le mot « carton » vient de l’italien « cartone », du latin « charta », papier.

Le carton est du papier dont, par convention internationale,
la masse au mètre carré est supérieur à 224 g et qui est caractérisé
par une raideur supérieure à celle des papiers proprement dits.


Le papier comme matériau


En Extrême-Orient, les papiers sont destinés traditionnellement à une très grande variété d’usages.

Depuis l’Antiquité, en Chine, on en faisait des emballages, vêtements et chaussures, meubles et vaisselle, papier monnaie ou hygiénique, éventails et ombrelles, cloisons, armures, cartes à jouer.

En France, on utilise du papier pour façonner des objets à partir du 16 ème siècle.

On l’utilise alors pour réaliser des détails architecturaux (moulures, décorations d’intérieur) mais aussi
pour confectionner des tabatières et des étuis.


Les vêtements


Il existe dès le 9 ème et le 10 ème siècle, au Japon, des techniques traditionnelles pour la fabrication de
vêtements en papier.

C’est à la fin du 19 ème siècle qu’apparaissent aux États-Unis des substituts en papier bon marché:
cols, manchettes, cravates.

Au début du 20ème siècle, en Allemagne, on invente des machines, inspirées des techniques japonaises pour transformer le papier en fil.
Il s’agit alors de pallier à la pénurie de matière première en période de récession économique et de guerre.

La fabrication de vêtements, sous-vêtements, accessoires et éléments d’ameublements en papier est courante jusqu’au milieu du 20ème siècle.




En 1966, aux États-Unis, la Scott Paper Company lance la mode des robes jetables en papier.
Le succès est total, un demi million de robes sont produites industriellement et vendues au cours de l’été 1966.

En France, Paco Rabanne invente le Dura-Weve, assemblage d’ouate de cellulose et de fils polystyrène produit industriellement et crée lui aussi des robes en papier.


Poupées, figurines, anatomie et carnaval


Au 16 ème siècle, le « poupetier » parisien confectionne des poupées grossières avec un mélange de papier
et de plâtre.

Et, jusqu’au 19 ème siècle, on modèle des poupées et de nombreux soldats en papier mâché.


Au 19 ème siècle également, les modèles d’anatomie du Docteur Auzoux ont connu un succès international auprès des structures d’enseignements.

Ces modèles réalisés en papier-mâché, peuvent être démontés et remontés.


Dans un tout autre domaine, en 1881, Romain François Bigot invente un instrument de musique carnavalesque
en carton: le bigophone.

De toutes tailles et de formes variées, leur utilisation ne demande aucune connaissance en musique, il suffit de chanter dans l’embouchure et on obtient une amplification déformée et nasillarde de la voix.



En Europe, le Carnaval mais aussi de nombreuses fêtes religieuses sont l’occasion de défilés.
La tradition des géants se développe dès la fin du Moyen-Age.

Ces géants sont portés, ils doivent donc être légers.

En général l’ossature est en bois, une structure en osier donne la forme et le tout est ensuite recouvert de
papier mâché ou de carton bouilli.


Le personnage Reuze Maman à Cassel, date du 19ème siècle.
Structure en bois recouverte d’osier tressé, buste et tête
en papier mâché.

Au Mexique, l’artiste Pedro Linares invente des figurines en papier mâché, les “Alebrijes”.

Chaque année, la ville de Mexico, lors de la “Noche de los Alebrijes” voit défiler dans ses rues des créatures géantes en papier mâché.



Les meubles en carton


En France, les premiers meubles en carton datent de l’époque de Napoléon III.

On produit alors en série du mobilier en papier mâché ou en carton bouilli, qui est ensuite vernis.



Le carton que l’on connaît aujourd’hui possède des propriétés mécaniques telles, qu’il est possible de fabriquer des meubles très solides.

Il existe différentes sortes de carton. En construction, on utilise surtout:

  • le carton plein (pâte à papier compressée)
  • le carton spiralé avec lequel on fabrique des tubes (cœurs de bobine, tubes d’expédition) et des tourets
  • le carton nid d’abeilles
  • le carton ondulé

Peter Murdoch en 1963 destine à la consommation de masse, le tabouret en carton Spotty, peu coûteux et très pop avec ses pois verts, bleus ou rouge.

Dans les années soixante, le designer Franck Gehry s’intéresse aux matériaux robustes et bon marché.
Il sort en 1972 une chaise en carton ondulé, la Wiggle Side Chair.




Depuis, de nombreux professionnels et amateurs fabriquent des meubles en carton, de manière industrielle ou artisanale.


Le carton ondulé


Le carton ondulé est composé de plusieurs feuilles de papier.

Sur la tranche on aperçoit un assemblage de creux et de vagues: les cannelures.

Cet assemblage donne à la structure générale une résistance bien supérieure à celle de chaque couche.

Les cannelures sont une série d’arcs connectés, qui ont la capacité de supporter du poids. La capacité du carton à résister aux déformations – l’inertie du carton – est liée au vide de la cannelure qui crée de l’épaisseur sans rajouter de poids-matière.

La principale caractéristique de résistance du papier cannelure est la résistance à l’aplatissement des cannelures.


Principes de construction


Le fait de plier, emboîter, courber, coller les matériaux amènent de la résistance aux objets qu’ils composent.

Le pliage est ce qui apporte de la résistance a une surface. Par exemple, une feuille en papier pliée en accordéon supporte le poids d’une pièce de monnaie.

Le contreventement par triangulations est le système le plus simple : il consiste à remplacer les rectangles déformables, par des triangles indéformables.
Le contreventement vient renforcer la structure par des lignes de direction contradictoires à celles de la structure.

C’est sur ces principes qu’on a mis au point différentes méthodes de fabrication de meubles en carton, ils sont d’une solidité à toute épreuve.


Le carton en architecture


L’architecte japonais Shigeru Ban utilise le carton comme matériau de construction.

Le pavillon du Japon à l’Exposition Universelle d’Hanovre en 2000

Long de 72 mètres et comprenant deux étages, le pavillon était composé à 80 % de papier recyclé et recyclable.
La structure de ce pavillon est faite en tubes de carton spiralé.
Le papier était conditionné en tubes de 12 cm de diamètre, de 20 m de long et d’un poids unitaire de 100 Kg.


Voici d’autres réalisations de Shigeru Ban, en tubes de carton spiralé:


Le pavillon Hermès fait de tubes en carton et papier, 2011.

Le pavillon des Arts à Abu Dhabi Art, 2013.

Le pont en carton, devant le Pont du Gard, 2007.

Une maison pour réfugiés, utilisée après les séismes de Kobe en 1995 et d’Istanbul en 1999.


Sources:

Carton, Olivier Leblois, éditions Parenthèses

Papiers en volume, traditions asiatiques et occidentales, Claude Laroque et Valérie Lee (dir.),
Actes de la journée d’étude du 4 novembre 2016, site de l’HICSA.